Objectifs des Nations Unies

Au XXème siècle, les objectifs de l’accès à l’eau étaient focalisés sur les moyens à mettre en œuvre, pensant que si les équipements existaient la population en profiterait. C’était l’objectif du millénaire des Nations Unies : l’accès à une eau non contaminée, à proximité, éventuellement en quantité limitée.

En juillet 2010 la résolution 64/292 de l’Assemblée Générale des Nations Unies reconnaît que « le droit à l’eau potable et à l’assainissement est un droit de l’homme, essentiel à la pleine jouissance de la vie et à l’exercice de tous les droits de l’homme».

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La vision a changé : au-delà des moyens, on vise à couvrir un besoin estimé en demandantaux états et aux organisations internationales « d’intensifier les efforts faits pour fournir une eau potable et des services d’assainissement qui soient accessibles et abordables pour tous » en ne laissant personne de côté.

Les Nations unies décident unanimement de viser l’accès universel de l’eau potable à un coût abordable : c’est le 6ème des 17 Objectifs de Développement Durable (ODD6), il concerne spécifiquement le besoin estimé : une eau non contaminée, disponible à domicile et en quantité.

Le Joint Monitoring Program (JMT https://washdata.org/data, OMS et UNICEF) suit les indicateurs.

Les nouveaux objectifs mettent la barre beaucoup plus haut que précédemment. Ainsi, en 2015 moins de 10% de la population mondiale, 660 millions de personnes, n’avait pas accès à une eau au sens de l’OMD de l’époque. L’ODD6 touche, lui, 2.2 milliards de personnes qui n’ont pas l’eau potable à leur domicile.

Des objectifs plus efficaces ?

Cette évolution pose une question moins futile qu’il n’y parait : quelle est l’efficacité des  nouveaux objectifs ?

Bien sûr, on peut imaginer que des objectifs plus ambitieux puissent améliorer l’action et conduire à une situation bien meilleure pour les populations.

Cependant, pour passer de l’objectif antérieur au sens OMD, défini ici comme la catégorie « at least basic » du JMT (au moins eau sûre en quantité éventuellement limitée et disponible à moins de 30 minutes aller-retour plus attente) à l’objectif au sens ODD6, défini ici comme la catégorie « safely managed » du JMT (eau sûre, disponible à domicile), les exigences sont fortement accrues :

  • D’une part le réseau : pour satisfaire à l’ODD6, il faut créer un réseau plus étendu (aller jusqu’au domicile au lieu de s’arrêter à une borne fontaine), mais également un réseau d’évacuation des eaux usées depuis le domicile, au lieu d’évacuer à la borne fontaine le peu d’eau non utilisée et propre.
  • D’autre part la production : l’eau à domicile entraine une consommation beaucoup plus élevée. En Afrique sub-saharienne, elle est, au sens OMD (borne fontaine), de l’ordre de 25 litres / habitant-jour, contre environ 100 litres /habitant-jour au sens ODD6 : la plupart du temps, la ressource en eau satisfaisant l’OMD ne suffirait pas à l’ODD6 qui demande des ressources plus importantes.

Globalement, la mise à disposition d’une eau au sens de l’ODD6 en Afrique sub-Saharienne représente un investissement de 500 à 1000 € par bénéficiaire, contre environ 40 à 60 € pour une eau au sens OMD. Cet écart se retrouve dans l’entretien des équipements, d’un coût plus élevé et dont la prise en mains par les bénéficiaires est moins aisée.

En conséquence, les programmes d’accès à l’eau selon l’ODD6 se concentrent plutôt en milieu urbain.

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Le résultat des données par année du JMT est résumé dans le tableau ci-après. Il montre l’évolution des populations qui demeurent sans accès à l’eau au sens OMD et au sens ODD6. Qu’y voit-on ?

  • La population d’Afrique sub-saharienne a augmenté d’un peu plus de 20% entre 2015 et 2024
  • Dans cette période, le nombre d’habitants (ruraux et urbains) privés d’eau au sens OMD est resté à peu près stable, ce qui signifie que l’action vers cet objectif accompagne l’augmentation de la population.
  • Dans cette période, le nombre d’habitants ruraux et urbains privés d’eau au sens ODD6 a augmenté respectivement de 11% et 19%. Cela signifie que, l’action vers cet objectif ne parvient pas à suivre l’augmentation de la population, particulièrement en zone urbaine.

On peut craindre que le niveau d’investissement nécessaire à l’ODD6, conjugué à la baisse de près de 40% des montants jusqu’alors disponibles dans les financements publics de certains pays, ne créent un effet ciseau qui nuise gravement à l’amélioration globale de l’accès à l’eau.

C’est préoccupant pour la santé et pour l’avenir des populations de ces pays.